"On prépare la démocratie de demain par la démocratie à l'école. Un régime
autoritaire à l'école ne saurait être formateur de citoyens démocrates."
Par cet "Invariant", Freinet pose clairement son
engagement politique : il s'agit d’éduquer des individus à être acteurs dans une société démocratique et à œuvrer pour qu'elle soit la plus démocratique possible.
Nous avons toujours cette volonté politique de donner à chacun sa place dans la société. Et la maîtrise de la langue en est une condition essentielle. Mais par maîtrise de la langue nous
n’entendons pas seulement "parler sans erreur" ou "utiliser un registre de langue correct" ; il faut aussi s’approprier les outils conceptuels qui permettent de construire sa pensée et de comprendre celle des autres.
"N’écoutons point ceux qui prétendent qu’on ne peut écrire tant qu’on ne connaît pas les
règles de la grammaire et de la syntaxe… [des] pédagogues n’ont vu que la règle et la règle a tué la vie." C. Freinet
Nous posons comme postulat
la nécessité de l’expression libre. Chaque individu est différent, acteur d’une histoire unique. Il doit avoir le droit de dire, d’écrire, de dessiner ses émotions, ses sentiments, de se
raconter et ainsi souvent, de se libérer de ses angoisses. Chacun doit avoir la possibilité matérielle -
temps, outils - de s’exprimer oralement, par écrit, et ce sont les fonctions de l’enseignant et de la classe coopérative que d’accueillir avec respect cette expression.
Nous sommes convaincus que l’on apprend par la coopération et non par la compétition. Lorsqu’il est reconnu, cessant d’être isolé, et capable de s’exprimer et de communiquer, l’enfant
ou l’adolescent devient disponible pour les apprentissages. Faire jaillir sa parole, c’est faire jaillir sa
pensée, la confronter à celle des autres, la structurer dans une dimension sociale.
Nous faisons donc le choix de mettre en place une méthode naturelle de lecture/écriture et
d’apprentissage de la langue qui s'appuie sur la démarche du tâtonnement expérimental.
Pour C. Freinet, les lois principales en sont l’acte réussi et la perméabilité à l’expérience.
Tout acte, réussi ou non, laisse une trace dans notre organisme. L’acte réussi, par le plaisir qu’il procure à son auteur, incite celui-ci à la répétition, alors que l’échec
amène le déplaisir et entraîne le rejet de l’acte qui a provoqué cette sensation désagréable.
Immédiatement après guerre, Freinet annonçait dans son guide de l’école populaire la fin du règne de la scolastique ; vingt ans plus tard, son espoir semblait pouvoir
enfin se réaliser, puis encore en 1981. Mais le renouveau de l’école du peuple se fait attendre, et l’on ne peut plus aujourd’hui raisonnablement penser comme il l’écrivait dans
L’Education du travail, en 1946, que l’on puisse puiser « enfin dans le peuple, dans ses besoins, dans ses modes de vie, dans ses habitudes d’agir, de travailler et de penser, les
racines vivantes qui assureront la puissance de sa sève ».
Ce dont le peuple est bien souvent porteur désormais, c’est d’une culture nouvellement soumise à des déterminations économiques, une culture commerciale et médiatique. Populaire au sens
de « ce qui plaît au plus grand nombre » signifie dès lors bien souvent, par voie de conséquence, « ce qui favorise au mieux les intérêts
économiques...nous n’avons pas à nous déterminer entre le choix de l’ignorance ou celui de l’élitisme, mais entre deux conceptions possibles du « populaire » : une
conception de l’aliénation, qui assume comme irrémédiable la réalité d’une masse ignorante, privée des savoirs requis pour la réussite sociale (« c’est comme ça, on n’y peut rien »),
et qui raisonne sociologiquement en termes de pourcentages de réussite, et une autre conception, celle de l’émancipation, qui rejette comme nécessaire la reproduction des inégalités, et qui
qualifie de populaire une école capable d’offrir à tous les enfants le possible développement de leur humanité par la construction de la liberté...»
Ce passage m'éclaire sur le postula de "la liberté pédagogique" que tout enseignant revendique.
Enseigner dans la fonction publique ne nous garanti nullement cette liberté puisqu'elle est soumise aux containtes d'un gouvernment et de sa politique.
Je rejoins ainsi les revendications qui se font jour d'une politique éducative indépendante de tout gouvernement élu, à l'abri des revirements politiques.
Bonne journée Sylvie!
à+